Biographie

Michel de Tarnowsky ou TARNOWSKI, naquit à Nice le 26 avril 1870. Son père, Wasilievitch Tarnowsky, de nationalité russe, immigré en Europe vers 1845 alors que sa tête était mise à prix par le Tsar, après avoir étudié la médecine successivement à Heidelberg et en France, se fixa à Nice en 1869 avec sa jeune épouse américaine Juliana OAKLEY, artiste peintre, comme ses frères, soeurs et ancêtres.

Michel de Tarnowsky était l'aîné des 5 enfants. Après la mort prématurée de son père en 1886, il désira s'orienter vers la médecine, comme le fit plus tard son frère George. Malheureusement une fièvre typhoïde, à l'époque souvent mortelle, lui laissa de tels maux de tête que ses études médicales furent compromises et dès lors, il laissa libre cours à son tempérament artistique.

Entré à l'Ecole des Arts Décoratifs à Nice, il s'inscrivit aux ateliers d'architecture et de modelage ; son goût pour la sculpture s'affirma très rapidement puisqu'il put écrire :

"Dès 1890, en l'espace de trois mois, je réalisai 26 bustes ou médaillons en plâtre, marbre et bronze."

Juliana de Tarnowsky connaissant les aléas de la vie artistique et le coût particulièrement élevé des matériaux nécessaires à un sculpteur, avant même qu'il ne soit en mesure de présenter une ébauche ou une maquette, tenta, semble-t-il en vain, de décourager son fils ; elle fit en particulier valoir qu'il lui serait difficile de vivre de son œuvre et plus encore de faire vivre une famille.

Rien n'ébranla sa volonté mais Michel qui adorait sa mère dont il nous a laissé un très beau portrait conclut avec elle un accord : s'il pouvait lui prouver qu'il arrivait à gagner sa vie, elle ne ferait plus obstacle à la vocation de son fils. Quelques mois après, le jeune artiste offrait à sa mère conquise, un adorable salon de style que la famille conserve religieusement jusqu'à ce jour.

Il est probable que c'est en 1891 que le jeune artiste put écrire:

"Muni du produit de mon travail, je me sentis irrémédiablement attiré vers le mystérieux Paris, centre artistique, cœur de l'univers pensant vers lequel doit tôt ou tard affluer toute âme avide de vivre et de produire."

Le temps de se familiariser avec ce Paris mystérieux, Michel devint l'élève de Dalou et l'année suivante, entra à l'école des Beaux-Arts, atelier de Falguière.

A dater de 1884, Michel de Tarnowsky exposa régulièrement aux Salons des Artistes Français ainsi qu'à la Société Internationale des Peintres et Sculpteurs à Paris. Il participa également à de nombreux autres Salons que ce soit à Paris, Amiens, Nice, New York, Londres, etc…

Au début du XXème siècle, Michel de Tarnowsky fut professeur de sculpture à l'école des Beaux-Arts de New York. De son séjour aux USA, nous avons peu de traces. Nous savons qu'il réalisa un certain nombre de bustes pour des marchés privés et qu'il fut invité par la Société Nationale des Sculpteurs Américains à exposer au Madison Square Garden.

Il est probable que Michel de Tarnowsky rentra en France entre 1909 et 1910, on trouve en effet des poèmes de lui datés de juillet 1909 à Richemont et en 1911, il exécuta à Nice le fronton de la Préfecture tandis que le 23 mars 1912, il signa à Paris le contrat lui confiant l'exécution de la décoration de la façade de l'Hôtel Negresco à Nice.

Officier interprète, agent de liaison, dès le début de la Grande Guerre, Michel de Tarnowsky y fut attaché aux armées britanniques. Plusieurs fois cité à l'ordre des Armées pour son courage, sa vaillance et son sang froid, il reçut la Croix de Guerre 2 étoiles, la Military Cross, la Distinguished Conduct Medal, la Légion d'Honneur…

Durant cette période, le moindre répit dans un cantonnement était l'occasion, comme il l'a expliqué, de pétrir sa glaise : ainsi naquit entre autre, et évolua son "Triomphe de l'Humanité".

Dès la fin de la guerre, comme tant d'autres, sans le sou, Michel de Tarnowsky se remit à son chevalet et réalisa un certain nombre de monuments aux morts à Cannes, Nice, St-Marcellin, Moirans, Ste-Menehould, des monuments ou décors d'immeubles à Chamonix, Nice, Paris, etc…

Sa vie suivit ainsi son cours mais les suites de la guerre, la grande dépression de 1926 et celle de 1936 en France rendirent celle des artistes de plus en plus aléatoire, spécialement pour les sculpteurs.

Au moment où éclata la deuxième guerre mondiale, en 1939, Michel de Tarnowsky travaillait à un buste de Maurice Mignon, directeur du Centre Universitaire Méditerranéen (CUM) et à un projet de fronton pour l'Ecole Normale Supérieure de Nice, cela ne l'empêcha pas de s'offrir à mettre ses compétences linguistiques au service de nos armées mais hélas, peu de temps après, il perdit la vue et nous quitta en 1946.

Le regard pour tout sculpteur ou peintre est, nous le savons tous, la source première de son inspiration, dès lors peut-on imaginer ce que furent pour Michel de Tarnowsky ces 7 années de cécité ?

L'affection et le merveilleux dévouement d'Antoinette, son épouse et ma mère, la présence de leur famille, de précieux amis, et leur tempérament profondément croyant firent que jamais mon Père n'exprima rancœur, amertume, regret ou révolte : il fut un exemple de résignation et de sérénité.

C'est pour perpétuer la mémoire de l'Homme autant que de l'Artiste et de son œuvre que j'ai, depuis sa disparition, voulu consacrer tous mes moyens à ce devoir filial.

Famille et amis m'ont apporté leur soutien avec l'association "Les Amis de Michel de Tarnowsky" : ils nous offrent aujourd'hui ce DVD et, sauf imprévu, sera édité dans les prochains mois un Catalogue des œuvres connues de Michel de Tarnowsky.

C'est grâce à cette chaîne d'amitié qu'il m'est donné de réaliser mon œuvre.

Que de gratitude, de reconnaissance et de remerciements à tous et à chacun en particulier.

 

Françoise de Tarnowsky

Décembre 2006